jeudi 28 juillet 2011

PIERRE-ALBERT BIROT. Notes sur l'Anthologie DADA 4-5

 Pierre-Albert BIROT. Autoportrait, 1916


Notes sur
l'Anthologie Dada n°4-5
par Pierre Albert-Birot

Il est presque bleu blanc rouge comme le drapeau français, c'est la fête ou bien la guerre, des pétards ou des bombes mais d'abord un réveil-matin et puis la chronique cubisme concentré boîtes d'allumettes qui prennent feu dans la poche et l'annonce ouvrage sur Jésus en villégiature à l'autre page la pile électrique avec sonnerie pour éclairage public ou privé 3 pièces pour mains faciles d'or dormir merci cinéma polka caramel névralgies girafe par Cocteau coq tôt ou tard et sur fond blanc note 14 sur la poésie au bas de la page Sous l'écorce des arbres abattus je cherche la peinture des choses à venir de la vigueur et dans les canaux la vie gonfle peut-être déjà l'obscurité du fer et du charbon Tristan Tzara au verso soleil sage-femme Picabia faiseuse d'anges tournez le Globe Pierre Reverdy tourne tout seul mais plus loin tout seul au milieu et rougissant un petit manifestant des émotions génitales et use les meubles c'est pourquoi un autre se promène tout nu devant la statue de cire du coiffeur qui lui sourit heureusement que les médecins sont à côté mais la Catastrophe était inévitable Pierre Albert-Birot n'a rien cassé dans tout ce Tohu-bohu et c'est alors que Dada proclame sans prétention que l'art a besoin d'une opération aussi Pierre Reverdy pense en grands caractères à celui qui vient de faire une tache à sa cravate ce qui n'empêche pas le poète suivant de s'arrêter en voyant Dieu à motocyclette + Gambit de la Reine + Trombone à coulisse heureusement qu'aussitôt Perez-Jorba nous dit mais il lui semblait que la lumière voulait lui parler Aa 24 IX sur fond bleu = fable T.T. ici divertissement bal champêtre buvette tzara en bas de casse TZARA en capitales Pierre ALBERT-BIROT en triangle le centre est la périphérie Bilan dessins dessins dessins fleurs séchées qui sont restées entre les pages

juin 1919

TRISTAN TZARA. Pour faire un poème dadaïste

Jacques RIGAUT, Tristan TZARA, André BRETON




POUR FAIRE UN POEME DADAISTE :

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choisissez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Copiez consciencieusement.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un "écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmant encore qu'incomprise du vulgaire."

AA L'Antiphilosophe et Tristan Tzara
Littérature 1re série, n°15, juillet-août 1920

mercredi 27 juillet 2011

WALTER MEHRING. Berlin simultan




berlin simultan

erstes Original-dada-couplet für Richard Huelsenbeck

Im Autodreß ein self-made gent!
Passage frei! Der Praesident!
Die Heilsarmee
Stürmt das Café!
Ein Jeistprolet verreckt im Dreck
Ein girl winkt mit Schottenband
Ein Kerl feilscht am Kokottenstand
Her mit'm Scheck
Schiebung mit Speck
Is alles schnuppe!
Komme süße Puppe!
Ob Keilerei
Jecknutsch'
eins zwei drei

Rrrutsch



mir den Puckel lang
Puckel lang


Der Berolina
Kutsch auf dem Schuckelstrang
„Jroße Ballina“
Berlin Berlin
Bei Mutter Jrien
Kann jeder mang Kann jeder mang Kann jeder mang


Das Volk steht auf! Die Fahnen raus!
Bis früh um fimfe kleine Maus
Im Ufafilm
Hoch Kaiser Wil'm!
Die Reaktion flaggt schon am Dom
Mit Hakenkreuz und Blaukreuzgas
Monokel kontra Hakennas
Auf zum Pogrom!
Beim Hippodrom!
Is alles Scheibe
Bleibt mir vom Leibe
Mit Wahljeschrei
Und Putsch
Eins zwei drei

Rrrutsch


mir den Puckel lang
Puckel lang


Der Berolina
Kutsch auf dem Schuckelstrang
„Jroße Ballina“
Berlin Berlin
Die Rot'n und die Jrein'n
Berlin zeiht blank Berlin zeiht blank Berlin zeiht blank!


Wem nie jelang der jroße Wurf
Bei Börsenbaisse beim jrünen Turf
Wer nie sich fiehlt,
Und Lude spielt,
Die Juden raus! Die Bäuche rein!
Mit Yohimbin zum Massenmord
Hoch national der Klassenhort
Vom Fels zum Meer und Leichenstein
Allens det Jleiche
Biste erst Leiche!
Wozu't Jeschrei!
Und futsch
Eins zwei drei

Rrrutsch

mir den Puckel lang
Puckel lang


Der Berolina
Kutsch auf dem Schuckelstrang
„Jroße Ballina“
Liegste im Jrien'n
Pfeift oben Berlin
Die Rasenbank Die Rasenbank Die Rasenbank



W. MEHRING, » Berlin simultan », in Richard HUELSENBECK (dir.). DADA Almmanach, Berlin, Erich Reiss Verlag

mardi 26 juillet 2011

ANDRÉ BRETON. Patinage Dada





Patinage Dada

Nous lisons les journaux comme les autres mortels. Sans vouloir attrister personne, il est permis de dire que le mot DADA se prête facilement aux calembours. C'est même un peu pourquoi nous l'avons adopté. Nous ne savons pas le moyen de traiter sé rieusement un sujet quelconque, à plus forte raison ce cujet : nous. Tout ce qu'on écrit sur DADA est donc pour nous plaire. Il n'est pas fait-divers pour lequel nous ne donnerions toute la critique d'art. Enfin la presse de guerre ne nous a pas empêchés de tenir le maréchal Foch pour un fumiste et le président Wilson pour un idiot.

Nous ne demandons pas mieux que d'être jugés sur nos apparences. On raconte partout que je porte des lunettes. Si je vous avouais pourquoi, vous ne me croiriez jamais. C'est en souvenir d'un exemple de grammaire : “ Les nez ont été faits pour porter des lunettes ; aussi j'ai des lunettes. „ Comment dites-vous ? Ah oui, cela ne nous rajeunit pas.

Pierre est un homme. Mais il n'y a pas de vérité DADA. On n'a qu'à prononcer une phrase pour que la phrase contraire devienne DADA. J'ai vu Tristan Tzara sans voix pour commander une boîte de cigarettes dans un bureau de tabac. Je ne suis pas ce qu'il y avait. J'entends encore Philippe Soupault eéclamer avec insistance des oiseaux vivants chez les marchands de couleurs. Moi-même, en cet instant, je rêve peut-être.

Une hostie rouge, après tout, vaut une hostie blanche. DADA ne promet pas de vous faire aller au ciel. A priori, dans les domaines de la littérature et de la peinture, il serait ridicule d'attendre in chef-d'œuvre DADA. Nous ne croyons non plus, naturellement, à la possibilité d'aucune amélioration sociale, si nous haïssons par-dessus tout le conservatisme et nous déclarons partisans de toute révolution, quelque qu'elle soit. “ La paix à tout prix „ c'était le mot d'ordre de DADA en temps de guerre comme en temps de paix le mot d'ordre de DADA c'est “ La guerre à tout prix. „

La contradiction n'est encore qu'une apparence, et sans doute la plus flatteuse. Je ne me connais pas la moindre ambition : il vous semble pourtant que je m'anime : comment l'idée que mon flanc droit est l'ombre de mon flanc gauche, et inversement, ne me rend-elle pas tout-à-fait incapable de bouger ? Au sens le plus général du mot, nous passons pour des poètes parce qu'avant tout nous attaquons au langage qui est la pire convention. On peut très bien connaître le mot Bonjour et dire Adieu à la femme qu'om retrove après un an d'absence.

DADA vous combat avec votre propre raisonnement. Si nous vous réduisons à prétendre qu'il est plus advantageux de croir que de ne pas croire ce qu'enseignent toutes les religions de beauté, d'amour, de vérité et de justice, c'est que vous ne craignez pas de vous mettre à la merci de DADA, en acceptant une rencontre avec nous sur le terrain que nous avons choisi, qui est le doute.

André BRETON. « Patinage Dada », Littérature, no13, « Vingt-trois Manifestes DADA », mai 1920

lundi 25 juillet 2011

WALTER CONRAD ARENSBERG. DADA est américain

Louis STEVENS, W. C. ARENSBERG, Marcel DUCHAMP
Dada est américain

Le cubisme est né en Espagne ; la France s'en est approprié les brevets sans garantie du gouvernement. Malheureusement, comme les allumettes françaises, le cubisme ne prend pas ; les surfaces de la boîte manquent de phosphore. M. Rosenberg est en train de fabriquer une boîte énorme, mais les allumettes qu'il y cache sont mouillées, surnageant sur un liquide moisi.

Le cubisme était espagnol, il est devenu alsacien-lorrain, il danse sur les tapis rouges officiels de quelques galeries parisiennes et mercantiles.

Impossible pour lui de crier : Vive DADA ; c'est un poitrinaire sur une chaise-longue ; toute jeunesse s'est envolée de ses yeux méchants ; il ne fait penser à cette vieille dame, Roch Grey, qui n'aime pas les enfants et parle avec le plus grand mépris des pouponnières.

J'ai été obligé de parler un peu du Cubisme, ayant été un de ceux qui attendaient beaucoup de ce mot géométrique; je suis forcé d'avouer ma désillusion et, en même temps, ma joie à contempler DADA, le représentant mondial de tout ce qui est jeune, vivant, sportif ; Dada dont la religion ne sont pas d'une cathédrale appendicite.

DADA est américain, DADA est russe, DADA est espagnol, DADA est suisse, DADA est allemand, DADA est français, belge, norvégien, suédois, monégasque. Tous ceux qui vivent sans formule, qui n'aiment des musées que le parquet, sont DADA; les murs des musées sont Père Lachaise ou Père la Colique, ils ne seront jamais Père Dada. Les vraies œuvres Dada ne doivent vivre que six heures.

Moi, Walter Conrad Arensberg, poète américain, je déclare que je suis contre Dada, ne voyant que ce moyen d'être sur dada, sur dada, sur dada, sur dada. Bravo, bravo, bravo. Vive Dada.

Walter Conrad Arensberg.

New-York 33 Ouest 67 street.