vendredi 12 août 2011

TRISTAN TZARA. Manifeste de M. Antipyrine



Manifeste de M. Antipyrine

L'auteur président étant malade a perdu son manifeste. Nous reproduisons, extrait de “La première aventure céleste de M. Antipyrine. „ (Zurich, 1916, Collection Dada, épuisé), le manifeste lu à la première soirée Dada, à Zurich, le 14 juillet 1916. à la salle Waag.

DADA est notre intensité : qui érige les baïonnettes sang conséquence la tête sumatrale du bébé allemand ; Dada est la vie sans pantoufles ni parallèle ; qui est contre et pour l'unité et décidément contre le futur ; nous savons sagement que nos cervaux deviendront des coussins douillets, que notre anti-dogmatisme est aussi exclusiviste que le fonctionnaire et que nous ne sommes pas libres et crions liberté nécessité sévère sans discipline ni morale et crachons sur l'humanité.

DADA reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous coulons dorénavant chier en couleurs diverses pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats.

Nous sommes directeurs de cirque et sifflons parmi les vents des foires, parmi les couvents, prostitutions, théâtres, réalités, sentiments, restaurants. Hohi, hoho, bang, bang.

Nous déclarons que l'auto est un sentiment qui nous assez choyé dans les lenteurs de ses abstractions et les transatlantiques et les bruits et les idées. Cependant nous extériorisons la facilité, nous cherchons l'essence centrale et nous sommes contents pouvant la cacher ; nous ne voulons pas compter les fenêtres de l'élite merveilleuse, car Dada n'existe pour personne et nous voulons que tout le monde comprenne cela, car c'est le balcon de Dada, je vous assure. D'où l'on peut entendre les marches militaires et descendre en tranchant l'air comme un séraphin dans un bain populaire pour pisser et comprendre la parabole.

DADA n'est pas folie, ni sagesse, ni ironie, regarde-moi, gentil bourgeois.

L'art était un jeu noisette, les enfants assemblaient les mots qui ont une sonnerie à la fin, puis ils pleuraient et ciraient la strophe, et lui mettaient les bottines des poupées et la strophe devint reine pour mourir un peu et la reine devint baleine, les enfants couraient à perdre haleine.

Puis vinrent les grands ambassadeurs du sentiment qui s'écrièrent historiquement en chœur :

Psychologie psychologie hihi

Science Science Science

Vive la France

Nous ne sommes pas naïfs

Nous sommes successifs

Nous sommes exclusifs

Nous ne sommes pas simples

et nous savons bien discuter l'intelligence.

Mais nous, DADA, nous ne sommes pas de leur avis, car l'art n'est pas sérieux, je vous assure, et si nous montrons le crime pour dire doctement végétation. c'est pour vous faire du plaisir, bons auditeurs, je vous aime tant, je vous aime tant, je vous assure et je vous adore.

CINÉ-SKETCH


MAN RAY. Adam et Ève (Marcel Duchamp et Bronia Perlmutter), 31 décembre 1924,
épreuve argentique,


Berenice ABBOTT , Bronia Perlmutter, vers 1925

samedi 6 août 2011

TRISTAN TZARA. « Cinéma calendrier du coeur abstrait »

MAN RAY. Portrait de Tristan Tzara (et Madeleine Turban), 1921, épreuve argentique, 10.5 X 8.7

Cinéma calendrier du cœur abstrait
1
flacon aux ailes de cire rouge en fleur

mon calendrier bondit médicament astral d'inutile amélioration

se dissout à la bougie allumée de mon nerf capital

j'aime les accessoires de bureau par exemple

à la pêche des petits dieux

don de la couleur et de la farce

pour le chapitre odorant où c'est tout à fait égal

sur la piste réconfort de l'âme et du muscle

oiseau cralle

2
avec tes doigts crispés s'allongeant et chancelants comme les yeux

la flamme appelle pour serrer

es-tu là sous la couverture

les magasins crachent les employés midi

la rue les emporte

les sonnettes des trams coupent la phrase forte

3
vent désir cave sonore d;insomnie tempête temple

la chute des eaux

et le saut brusque des voyelles

dans les regards qui fixent les points des abîmes

à venir à surpasser vécus à concevoir

appellent les corps humains légers comme des allumettes

dans tous les incendies de l'automne des vibrations et des arbres

sueur de pétrole

4
tes doigts chevauchent sur le clavier

peux-tu m'offrir la gamme des hoquets

je me suis courbé vers toi comme un pont tendu

dont les piliers bousculés par la vague ne craquent pas

et c'est l'incertitude sous une forme de décision glacée

se déclenchant au mouvement subit des roues

voilà le muscle de mon cœur qui s'ouvre et crie

5
sous l'escalier

blottis dans la chaleur motrice de cet aéroplane crucifix

ombre rousse

familière dans la vapeur

une cigarette s'approchant comme bateau

et l'âcre fumée d'essence sur le lac

o aiguilles traversant la montre les poissons striés

montent comme des ascenseurs

et l'or des mouches actives :

l'autre

6
la brume a injecté l'œil

qui met couleur à notre vue

de sang léger et de liqueur opaque lasse

se mécanise la danse des cercueils

ou des pages multicolores imprévues dans les veines

roue pétrifiée grise dépouillée de branches

des choses sautant à travers la distance

je vis les intervalles de la mort souterraine

7
affranchis d'agréments trop francs sur le divan

fraîche corde reliant les pierres des pensées

ou sable des formations indéfinies blanches

la menthe a contourné ton âme sous le manteau

malicieusement

isotrope lumière assise sur if et divertissement

8
les carreaux d'étoffe et de feuillage accentuent

l'excuse des quatre paysages et la diversité

parmi les poteaux de béton en construction coulent

au-dessus de la foule entrecoupée par la nature

jardinier de jaspes sanguins

voilà un ballon

brasserie à danse de ventre imprévue s'est tue

un poisson énorme

un autre

les couleurs sont des chiffres qu'on tue et qui sautent

carrousel

comme tout le monde

9
les fibres se soumettent à ta chaleur stellaire

une lampe s'appelle verte et voit

prudent pénétration en saison de fièvre

le vent a balayé la magie des fleuves

et j'ai perforé le nerf

au lac limpide glacé

a cassé la sabre

mais la danse des tables rondes des terrasses

encercle le choc du marbre frisson

nouveau sobre

10
gin cocktail du lever du soleil

le solde de compte des ombres atrophiées

combattent au pas de box-trot le clairons

animaux signalent la conjonctivite en acier des grillages

et les employés du service maritime

comme les occasions en ballon

se jettent dans l'eau

en costumes de satellites bleues et coupables

11
vent pour l'escargot il vend des plumes d'autruche

vend des sensations d'avalanche

l'auto-flagellation travaille sous mer

et des déserts évanouis en plein air à décoration vases

la roue de transmission apporte une femme trop grasse

champs de parchemin troués par les pastilles

qui a compris l'utilité des éventails pour intestins

légère circulation d'argent dans les veines de l'horloge

présente la précision du désir de partir

12
picottements dans la gorge de petites lettres en flamme

quelques gouttes de lumière échec dans le miroir suffisent

et le meilleur cinéma est le miroir du diaphragme

télégramme d'arrivée de chaque degré de froid sec

télégraphie-moi le densité de l'amour

pour remplir la chanson du rebec d'encre de chine

13
cendrier pour fumeurs d'algues et de filtres interrègne

des isthmes inventaires inventions manège crime

lixiviation

les dadaïstes au gouvernail du gulf-stream sarbacane

portent des moustaches légitimes et latines

soignent les fistules de lazulite

lazulite lazulite

qui escalade le capricorne attraction du vaccin zélé tétrarque

et fait des provisions de fissures fossiles

d'érections filtrées par le thorax de jésus

pronostics attaques shackelton du sous-cerveau

14
signe de croix et salut fonction gymnastique mémoire

se dégage automate respiratoire inévitable politesse

l'heure avance dans l'os et marque des traces de silence

pansement soigné des machines défectueuses casernes mâchoires

sel acier plâtre tabac anthracite menthe

m'ont prouvé les nouveaux règlements du cœur abstrait

fiacre fiévreux et quatre craquements âcres et macabres dans la baraque

« sous les ponts de paris »

15
sur les blanches cordes du minuit atrophié

reçois imperméable émissaire lunatique

ampoule femme en caoutchouc de vert par kilomètres

l'engrenage souterrain du sens tactile

16
haute couleur des désirs maritimes froide projection

en diagonale céleste noble et corrigée

sur ton corps gravé de croix blessures

jetés dans le panier de la rédaction

mesure la finesse calculée en dollars

grosse fumée araignée métal fœtus

17
somnifère profondeur qui cuit le coucou kaki

cloche autodidacte et tempérée à sueur d'humidité cacao

d'autres liqueurs cérébrales troublent la grande ourse

dans les creusets

frémir comme des ficelles cultivées à l'équateur

l'appareil guillotine la marche familière des wagons

18
purgatoire annonce la grande saison

le gendarme amour qui pisse si vite

coq et glace se couchent sous l'œil galant

grande lampe digère vierge marie

rue saint jacques s'en vont les petits jolis

vers les timbres de l'aurore blanche aorte

l'eau du diable pleure sur ma raison

19
entre deux tuyaux et la rose diagonale

ouvert le robinet pour lumière peach brandy

la croix monte d'un verre garde-robe

violoncelle cuit bleu hypermanganate

engrenage embryonnaire

et les traces du crayon trident

20
les lampes hypnotisées de la mine de sel

font pâlir le crachant dans la bouche vigilante

les wagons figés dans le zodiaque

un monstre montre son cerveau de verre calciné

voilà la vérité qui s'échappe au salut cordial

et ressemble à la tourterelle du rag-time

sans opposition au parfum initial aux spéculations hippiques

les voyelles de sel dents immobiles sur les rails

on retire les escaliers

signal

21
le foot-ball dans le poumon

casse les vitres (insomnie)

dans le puits on fait bouillir les nains

pour le vin et la folie

picabia arp ribemont-dessaignes

bonjour


Publié à Paris, Au Sans Pareil, collection « Dada », 1920

FRANCIS PICABIA. « Pensées sans langage »



FRANCIS PICABIA

Pensées sans langage

Chers amis Gabriele Buffet, Ribemont Dessaigne, Marcel Duchamp, Tristan Tzara, je vous dédie ce poème en raison de notre sympathie élective.
Francis Picabia.

PRÉFACE

Un courant condensateur désaimante l'étincelle, tandis que l'atmosphère raréfié à l'extréme, sépare les fonds gazeux par une électricité de parafine. Le socle négatif de la machine prend naissance dans une grosse boule, hypothèse d'intérêts de patite taille dans un parc spécial. Les pierres précieuses ont la même dimension accidentellement et en dessous. Par éviter l'indicateur disponible, la bobine de verre aura la forme de pénétration sur la plaque visuelle d'un tube fugitif ou sur une solution simultanément neuve, munie d'un vide égal à la somme des énergies hors d'usage.

Ce livre est radiographie des rayons montrant le mieux la netteté des substances qu'exige l'aiguille fermée.

Udnie.

Pensées sans langage
la tête sur mon épaule

comme réponse à ma pensée

et devant moi une figure imaginaire

rappelle mes flottants souvenirs

végétation jolie d'impatience fiancée

conversation d'amour

qui n'est pas un service militaire

je vois déjà la petite croix

garnie d'un ruban

fumant une cigarette

au-dessus des démolitions



j'ai trouvé la poule malade

laisse-moi t'embrasser

câliner en massages le secret de la vertu

joie naïve de bonheur

regardant la fidélité

qui aime les vœux de chasteté

en fils de madone bordel de soir usé



je m'en vais tout bas gracieusement

comme du velours noir

mon amoureuse d'osier

dans la chambre mariée

chantonne sur ma poitrine

le printemps est aux aguets

dans ma chair

comme moi il cherche une langue de chatte

cérémonie de cul

pour voir l'horloge de soie

dans une lettre d'ambassadeur

grosse bête déshabillée



l'amour mange les petits costumes

des jeunes filles

avec une baguette

habillée en chansonnette

la génie admirateur

des promesses

fait honneur

aux songes chapelet

yeux bleus

de profil



le bon goût devrait être le contraire de l'ennui

il est prétentieux et chatouilleux

comme un des sept psaumes de la pénitence

postiche mémoire

dans la librairie du théâtre animé

des insolences d'une réputation théorie

un joli garçon laisse une odeur de cheveux noirs

hippodromes anévrisme Kohol

il y a beaucoup de coloniaux jolis garçons

air de violoncelle

crêpe de chine sous les jupes

son œil prépare la limite parfum

il fredonne le hasard

dans le corridor dramatique



boire une tasse de thé

comme une femme facile



je ne veux pas de cette aventure

dans l'atmosphère fade

dont chaque signe saisit mes mains

avec une odeur vague

de gens du monde

le potin est une sérénade en chambre

dans l'espoir de tenir compagnie

à la vie d'ennui



remarques auxquelles il ne faut pas prêter la moindre intention

mélancolique cimetière anglais

dont la plupart des habitants

ont une fausse position

au cinquième acte



toutes les oreilles sont surnaturelles

mon valet de chambre est le paratonnerre

des bonnes nouvelles

mourir de faim sera toujours

une source de regrets

si vous raisonnez par-dessus toute la probité

le pain et le sel

ont un costume vraiment pittoresque

mais je ne veux pas vous ennuyer

en vous le décrivant



aider ses amis comme vous l'entendez

pourrait brûler le cervelle d'un fou

mais vous pourriez obliger davantage

si vous n'aviez pas le même calibre



le juge questionnait hostile

elle se mit à sangloter

charges graves de complicité

au dessert

les verreries pâles

s'imposent à l'admiration

en reflets discrets du Nord au Midi

fascination profonde

des raffinés du génie



lieutenant du passé espagnol

qui a perdu ses sens



vous voulez une passion

au-dessus de tout le monde

mieux vaut l'abbé almanach et borgne

car cela revient au même

maladie douloureuse

du progrès social

les régions européennes

ont un caractère militariste



poésie anglaise des problèmes de calcul

fée anti-militariste nuisible

du progrès moral



la nappe est mise toute journée chez moi

affection de vivre avec subtilité

les rues sont vides au Champs de Mars

je suis seul le cigarette aux lèvres

tristesse incurable de fers rougis



concours de tombeaux étalés

qui descendent d'un navire de collection

comme toujours une femme falaise

a un coup de bec sournois

coupé en deux

et l'écume des vagues

a une odeur de poisson fumé

des curieux malpropres dans la nuit

sommeillaient avec un mouvement d'eau-de-vie

enfant mort dans la chambre fausse

gentille et amusante pour la première fois



elle est enceinte

isolée dans le dortoir des humiliantes situations



ma famille rit sur la yole

avec des yeux spirituels

vapeurs symbole d'album

dans un corps champêtre

enlacé dans la campagne impénétrable

comme l'obscurité monsieur le curé

de la grossesse



l'écho chrétien

est une excavation

dans la neige

jusqu'au poitrail

géant goudronné

par le mystère

penché



l'homme cerveau introduisit dans la vie

ce que Dieu n'a pu faire

l'intelligence

Dieu inventa les maladies

l'homme les médecins

Dieu inventa la reproduction

l'homme l'amour

le ciel est froid

sur le bûcher public



connaissez-vous l'amour

l'amour c'est moi si vous voulez

et toutes les femmes ont une ancienne image

et un nouveau chagrin

écho de la torture abrité de gravité

lentement sous la table

la ficelle du docile amant

s'assied dans un lit

côte à côte avec moi

rien que nous deux

fait sourire les femmes

une caresse me ramène la voir

ses mains battent comme un cœur

sur l'idole grasse aux yeux luisants



scène tourbillonnante

comme décor



de la limaille d'or javanais

un coquillage mince entre les cuisses

danse la marche

dans ce corps croquis

la peau poésie accaparée

sourit comme un jeune homme

qui vient d'être présenté

et discret comme un étalage pauvre



vous connaissez le sublime d'une passion bouffie

deux découpures dans le fard des divagations

d'automate cauchemar cosmopolite

la curiosité

s'exaspère dans une haine d'infinie candeur



la charme de l'aube tyrannique

voudrait des enfants violeurs d'ennuis



magnétiquement le lit coiffé de soie

réduit la légende gigantesque du fumeur d'opium



vingt quatre heures à Versailles

saturées d'ennuis

flânerie vicieuse

d'un homme faubourg parisien



gardez-moi de la curiosité

et encore d'autres

vices du chapelet à travers le monde

qui semble endimanché

au contact des vies distinguées

mes compatriotes

voyages exténuants dans l'atmosphère

des muscles ménagerie civilisation



je reconnais la sensation

de mon trac extravasé

les œillades braquées sur moi

nationalistes du théâtre maillot

haleine lourde et ridée

en forme de gare

toute la société inconsciemment

a la hantise du cadavre

mon mal petite idole

devrait me guérir

d'une descente de police

nature qui déforme mon rêve caprice



la pointe du printemps ouvrier

a l'obligation d'ouvrir les persiennes du Soleil

galopades de vaches et valets de ferme

moissonneurs avant l'hiver

d'un beau soir bousculant

les coquelicots d'un songe



aucun mystère femme antichambre

tu empestes la plaisanterie

dans le sommeil des persiennes closes

égratignées d'un regard voyou



toujours insaisissables comme les dollars

les regards de l'amour suprême

vertigineux et sveltes s'enveloppent de luxe

car l'épreuve des beaux morceaux

peut se vautrer

au musée de la lune parfaite

des champs de batailles



toute morale devrait mourir

sous un climat renouvelé d'atmosphère

parasols couchants des terrasses sans scrupules

mâcheurs de fleurs de l'extase androgyne

stupeur qui ricane dans le clair-obscur

des esprits

priez les objets oubliés

vous verrez enfin la peinture cloisonnée

des étoiles candides

dans la cellule du hasard

parfum haillon de grand homme

portant sur l'épaule

son dîner trompeur

récolté entre les murailles d'ardoises

de mon enfance rachitique



le jour est pétrifié dans mon cœur

et tête-à-tête avec mon passé

l'ennui a des nuances jaunes

je le regarde comme s'il devait mourir



connaissez-vous le nez au vent

au bord du trottoir comme de l'eau sale

visage de satyre sous l'air frais du matin de luxe

et le plaisir a un gibier de rendez-vous

spectres derrière une vitre déconcertante

l'espace de l'eau charmant l'ouvrage

garniture de jupon



les contrées lointaines sentent la réalité

bleu exagéré de lumière immobile

vague sourire mal marié

des espèces en face de Dieu



les roses mystérieuses

sorte de pèlerinage sur un petit cheval blanc

démangeaison de la confession sur la mer

amas navré venant au trot

frôlé le long de la route relique

aux aurores de la boulangère



aujourd'hui et depuis longtemps

les ruisseaux ressemblent à des petites femmes

une joie de vivre rêvant tout haut

ça ne signifie rien

pour regarder ailleurs

religions égoïstes de l'humanité

mon visage ressemble aux ruisseaux

mais personne ne viendra

almanach secret des grandes aventures

dans l'escalier

je ne vois rien

mes amis savent tout

feuilles publiques des potins

fabricants de génies et d'imbéciles

opération de toilette

monstres assis dans des fauteuils

illimités



avec des yeux une bouche un nez

sous le fumier aux mouches

les petites fleurs à la surface des marécages

machinalement respirées

dans leur nudités de lumière

éblouissent l'enthousiasme de la luxure

bibelot de haute banque

en manteaux de soir malade



cette dame est plus jolie

qu'une aumône

de monnaie d'or

ensoleillée

par les oreilles des équipages

que mon enfance imprime

une fois surtout



les exercices de sébile

dans une geôle

comme un corps de noces

agenouillé

rasent

des poissons légers



sur une pierre

où nage un acacia pale

et mignon

un cubiste m'a déclaré

que j'étais fou



en silence

peu à peu

le baîllement des rêves

insomnies

attirance du mal caché

appelle

la timidité impossible

des planches grimoires



je suis séduit par les passions abus

les fournitures horloger d'autrui

la poche d'un habit neuf

a un trou

pour voir le rosaire du passé



dans la nuque

son manteau de fourrures

est tombé du nid



je vis ma vie anémiée

frottée aux fards de la nature



la poussière des siècles sait la vie

d'une tête coupée

il faut aimer les individus

dans un baiser aventureux

arabesque des poitrines nerveuses

suggestionnant la tradition

vers la mer



une déesse m'a dit

que son caraco cherchait l'insaisissable

aquarelle nostalgique des religions

sphère éventée dans l'enfilade stupeur

j'ai l'œil dans l'eau

à la lumière des bougies

les tapisseries sont peu sympathiques

et mon cœur demeure habité par l'amour

les tasses vides reposent comme les brumes fœtus

derrière les maisons



la réputation vagabonde après dîner

les bouches encore humides

comme une pluie de portraits

sur un mur couleur irrespirable

du sexe des légendes masquées

l'image des hautes colonnes

où les siècles traînent

évolue autour d'un courant rigide

dans l'architecture de notre vie personnelle

génération qui n'aspire dans cette ambiance

cerclée plastiquement

qu'au pavot du geste rapide



quelles charmantes gens les artistes

attachés aux brancards de l'art

je n'ai pas un sou pour acheter une œuvre d'art



montez tous et restez-là

montez jusqu'aux cuisses à tâtons

tout est froid

les herbes grimpantes

ont une odeur clair semée

cérémonieux microscopes

des générations grises

avant-garde tout éveillée

l'argent sans succès

a des relations mystérieuses

en toilette de nuit

mélancolie pressentiment

anti-physique

sans raison comme le soleil



molles ondulations

intérêts et souffrances

bréviaire de salon

épouse humide aux intentions bourgeoises

un cornet de papier a des sons

l'armoire à glace

symbolique danse du ventre des princesses

mon cœur subsiste dans les Maisons de fous

mimique imaginaire d'un pourvoir spécial

le visage humain ressemble à une lettre suspecte

symbole lucarne des péchés



matelots éveillés aux souterrains intimes

15 mètres de large

sur 23 de long



bijou spécial des nuances effacées

Florence est courbaturée par les mots

arts et beauté

on peut entre les cils italiens

comme une main bleue ou pourpre

en quelques minutes

flairer une tirade apocalyptique



soyeux et luisants devant un minuscule public

les instruments morbides

de bois brodé vision

hors de ma tête ont un sexe et un âge



multiplications inévitables

à l'entresol socialiste

billard carambolage du mariage

coliques de plomb facteur de bonne grâce

mais vous savez bien que cela n'est pas sérieux

les expositions de peinture

ressemblent à un régiment de nègres

et les grands hommes sont des confesseurs

théories d'idéals arguments

car la balance aryenne n'est pas inapplicable

dans les bals populaires



comme la virginité des hommes

celle des femmes est une blague

les vierges ressemblent à l'incapacité militaire

coup de théâtre de la morale bourgeoise

je vois seulement des mœurs lâches

questions d'hygiène

qui ressemblent aux caresses de vingt-cinq ans

donc à peu près comme des enfants

dont l'esprit indocile

avec dédain naturel

sans se soucier du chapitre

boutique d'illusions

met le verrou



résonnance théâtrale métallique

impossible de fantaisie

dans le prolongement

romanesque de mi-carême

le coup des tempêtes est un pneumatique

défiguré par une grimace à la mode

sérénade dénichée dans la turbulence

ouverte sur une cabine carrée

les naufragés sur le rivage attendent

en quelques parties la marche des calligraphes

dans les anfractuosités comiques des muqueuses

tout cela riant aux larmes

sur le yacht au crépuscule

bougie silence



une tache longue et obstinée

jumelle imperceptible des cœurs romanesques

attaque les bons tireurs en face de moi

les faits divers de télégraphie sans fil

joueurs de tam-tam nostalgique

dragées défiance coup de soleil

armes de parade marquées à la panique

maigre et fluette

rien n'est changé

les trafics prohibés scènes de Paris

étoiles et impresario vedettes d'aventure

taille athlétique absolument vide

d'un coup d'œil piédestal aérien



dans les remous moyens des lames

cyclone ferré

en parasol d'autruche

l'heure comiquement a un doigt sur sa bouche

avec des airs comestibles

rascasses au nez chaud

talents mondains cabotins hors de vue

escortent les illusions chères délicieusement

un héros devant une femme

est un être surnaturel comme les langoustes

les pieuvres

et les hautes herbes



tout homme chargé de missions

a des yeux

nerveux aux beaux gestes

accessoires

d'amour docile contre la misère

des cœurs entrevus au ciel azur

or faussés

dans la direction d'artificielle indulgence



il y a un mois une étoile filante

légère et rapide

sous ma fenêtre

tapait à ma porte sous le nom d'estomac

son visage enveloppé dans une large voilette

sauta à terre

mais c'était une photographie

présent et passé odieux

qui réduisent l'heure en schrapneil



il ne suffit pas de produire avec succès

l'hôpital prisonnier

gilets sans boutons

les marches du perron nous fusillent

mal réparable

soldats vins supérieurs d'empoisonnements

les événement de ma vie

se passent dans la sauce

des pulsations de mon cœur

et je fouette les chats

pour me laver de leurs caresses

vous verrez qu'un de ces jours Anatole France

deviendra voyageur au long cours

avec un pensionnat de jeunes filles

d'un pays quelconque



voilà monsieur madame

ce siècle a un charme ravissant

les réformés deviennent inutiles

on a des enfants quand on veut

simple question d'hygiène

pour ne pas en avoir

la sience est antiseptique

l'amour ne l'est pas sur l'oreiller

avoue humblement que tu n'ignores pas les mauvais lieux

aux instants polygamiques



sensualité exacte par dessus la marché

pour la virginité de l'aspect romantique

du mois de septembre

crème à la vanille

ou escamotage dément

des gueules sous le pseudonyme de nature

victoire des feuilles qui tombent

vers l'étage des corruptions divorce



notre vie baisse le nez impassible

comme le ciel réflexions de l'eau Suzanne

scandale des bibelots que mon œil

achève par la suite

trépidation des trains

ou viens jouissances des Messalins

les eaux minérales ressemblent à la musique

Eve et Adam membres de l'institut



valsent dans le salon jarretelle héliotrope

et le baryton est dreyfusard

hier soir le Mont Valérien

s'amusa dans l'air fatigué

du reste de ma tendresse

envers la fausse barbe de la vie



l'art américain blanc et noir

circonlocutions embrouillées

d'alcooliques relations



« Modern Gallery » boutique au premier

a l'aspect romantique d'un carambolage

galerie avec dédicace

c'est ça qui est bon

blonde délicieuse

morale confuse

qui vous étrangle

avec petitesse

momie ou grandeur de cœur

c'est très gentil mais c'est fini cambriolage

ver blanc sur les pelouses à mesurer le pouvoir



insigne bonté ne désespère pas

de m'escroquer le remords ridicule

entr'acte au saut du lit

j'ai malheureusement une rose erreur

le charme fait autour passera

quel soulagement de temps en temps

une blague à la mode

gloire de ne plus revoir

un éloge de gaz pavillon

musique de muffle



les couvertures bleues dorment

à heure fixe

et reflètent le ciel préfecture inanimée



s'aventurer aux Etats-Unis

devient le terme qui favorise

une digestion artificielle

suc gastrique de grenouille élastique

osmose complexe de la vie quotidienne

les microbes des blanchisseuses

s'accrochent au tamis

des dames de la poste

de Potsdam

en souvenir de mon ami

visage de docteur homéopathe cubain

pulsations ondes radiales

des tribunaux infirmes



aujourd'hui sur la terre

le campagnard décroît

concurrence avec recettes

des entraîneurs laborieux



mourir fini de respirer

à grands pas sortie professionnelle

escapade sur la bras du fauteuil

musique dans la tête

les yeux indéfiniment argumenteurs

conseillent le prêtre narcotique

poumons accroupis autour de quelques jours

assise dans ton lit

la vie enfantine de la mort

a la gaité des histoires mécaniques

semelles horloges moribondes



les objets n;ont plus de couleurs

mais leurs ombres ont leurs couleurs

un de mes amis

qui a le clé des docks

pense de même

c'est dans quelque chose d'inconnu

et le ciel habite l'inconnu

quel bonheur

d'avoir un flair infaillible

et de savoir vivre

comme une grande dame

de Shakespeare



long silence coup de poing os

coucher de soleil sur un nez mince

grimace des eucalyptus

dans une cave

il faut descendre pour sortir

amazones dans une église oiseau



la pluie de la mer se fige

le balancier

a le visage mort

confondant l'intelligence résurrection

dans la cimetière locomotive

dint les lanternes brillent

épuisées de fatigues

sur deux roues monstrueuses

géant de café-chantant

dernière rencontre en landau

excès



les mains ont signification républicaine

les moustaches avec rez-de-chaussées

argot limonade

faites passer un sourire aimable

avec envies disputes

hourras



lisez mon petit livre

après avoir fait l'amour

devant la cheminée de caoutchouc

décor nouveau de dévouement

vision que la sagesse marque

de bonne cuisine

grimper dans les milieux sportifs

avec un fil de soie Tenor

bousculer les sexes

avec un éclat de rire

l'éminent peintre moderne

sourit de son talent

ayant servi aux autres

agent de livraison

d'ameublement intrigue

dans une beauté fatale

c'est la plus belle occasion



d'alarme nouvelle

pour tourner le dos



la vie a sa guise

tout bonnement

sans idées généreuses

la vérité paraît médiocre

devant les espaces fermés



un chapeau

est lâche ou courageux



et la lune monte avec impatience

dans l'autre sens

stock d'intentions

déshabillées

qui naissent et disparaissent comme les planètes



tic tac au bain de vapeur

il fait Toujours un Temps admirable aux bains de vapeur

en attendant l'heure le front sérieux

l'intelligence se perd

comme un porte-monnaie



le corps vibrant sans dire un mot

je reviendrai comme si l'air immobilisé

d'embonpoint

à l'abri des excès

était payé par moi



contact d'aventure de goût

petites caresses bonheur sensuel

comme de grands desseins destinés à la gloire

mon amie ressemble à une maison neuve

à une rampe luisante

pouf de soie martyre d'idéal

destiné aux croisades



enlacés par l'amour

sous le voile des romans sérieux

odeur du soleil

dans une ville du midi

gestes lents cravates

montrant des seins de province

le viol silencieux

est mouillé jusqu'à la fin

pas grand'chose



un chapeau de paille d'acacias

sur les cheveux des murs guinguettes

chambre en chambre

nuits passées horriblement heureux

sur les reins pudeur

il y a dans le monde le législateur des bonnes consciences



que le ciel châtie

piment quotidien

ambassadeur secrétaire

pour l'étude des plantes

conjugales



renommée aux plaisirs inféconds

démolisseur de ruines

pauvres toasts

voiture auréole échouée sur la mer

où s'enlise le gouvernail paroissien

la machine à coudre argentée



amuse mes yeux

dans le luxe

d'une bouche mariée

jupe courte

gaz de fourchettes allumées

chamarrées de monnaies adulations

dans un verre ouate

ou les dents whist

splendidement possibles

sous la lumière à tâtonnements

jettent les fiancés sur un lit trouvé



panier à ordures nuptiales

les femmes se parlent à elles-mêmes

deux amoureux

s'embrassent avec luxe sur la bouche

sourire emporté

extase de la chaleur sur le siège

du boudoir

infini fatigué



des yeux clos

strictes politesses

les imaginations ont le regard fixe

le ciel est en bas

et la terre est en haut

sous la promenade des corbeilles

l'enfer est sous-marin

barrant la route

mais la monstrueuse vie

a des cheveux en bandeaux



la misère est illustre

comme une dieu triomphant

en gestes circulaires



elle a la couleur dans petits bas gris

belles courtisanes sous l'avalanche

des ambitions



d'un seul bond sublime but

d'être si pur



tendresses de poèmes dans la solitude

qui déshabille les rires du Théâtre



le bonheur des autres traverse la rue

vers l'inconnu rallumé

au fond

vers les étoiles lumineuses

camarades des soirs sans corsets

gestes extravagants des bagages entr'actes

emportés vers l'idéal bourgeois



les voyages des araignées

magnifiques rythmes

vêtus d'un peignoir surprise

en palissandre de l'âme pendule

sur le marbre des visites

personne guéridon

vin d'Espagne débraillé

venu de là



où la vendeuse de l'herbe morte

avec un crêpe autour du sein

travaille à son gré

serrée par le froid

qui voltige

comme un colosse

avril post-scriptum

chronique d'un trou presse-papier

il faudra une contrebande

en ouvrant les tiroirs du hasard



chez un marchand de primeurs

les étiquettes

m'effleurent aux tempes

j'adore les drapeaux qui ont des petites noms de guerre

dans la bibliothèque bonne binette

quelle différence

avec un serviette en maroquin

Paris critère de l'intelligence

à ruban rouge

au détriment

de l'amour

et des chants



ô mes contemporains

je ne comprends pas vos chiffres

vous avez tous l'argot juif banquier

couvée de guenilles

habits noirs des amateurs parvenus

ivresse difficile

et digestions lentes

de l'approbation de l'argent

en chausson élastique

au soleil sang pur

et regret de la siphylis espagnole

et du nègre acrobate

monstrueux congénère

mains nonchalantes

heureux du monde

confiance publique

à payer son loyer



amour étonné

n'est-ce que cela

le foyer est en débâcle

et la femme amoureuse

cherche le diamant perdu

il faut à coup sûr

ne pas traîner des poids lourds

regrets anatomiques

ou boutiques démodées

bel endroit pour s'y tenir

mais le tourbillon

continue avec ses armes



vous savez que j'ai besoin

des perspectives de brouillard

et d'un bout de chaîne

négligemment distrait

canot automobile

comme les lunatiques conséquences

d'un stéréoscope prolongé

dans un café turc



la pluie tremblante tombe douce

parmi le supplice futur

d'un besoin chuchotement

de luxures

rêves de nuit précis et pratiques

puissance dans un miroir

les détenus semblables

contre les murs sans draps

regardent l'heure absente

sans indifférence pour l'avenir

et bercent les grilles cruelles

avec des petites yeux garantis



un malheureux sorti de prison

marche en silence au bord de fossé

des chimères bohèmes



peu à peu en sifflotant

la bougie s'endormit

et ronfla



jusqu'à l'horizon le bonheur

coiffé de place en place

met le feu aux hannetons des sciences

les uns sur les autres

et la mer jette en l'air les idées

des ornements habillés en polichinelles

mondains —..........

Terminé à Paris le 28 Avril 1919.

P. S. : A tous ceux que démange l'envie de dire que ce langage est sans pensée je conseille la visite dangereuse du jardin zoologique.

FRANCIS PICABIA. « Unique Eunuque »



UNIQUE EUNUQUE

JE DEDIE CE POEME
A MON MEILLEUR AMI


PRÉFACE PAR TRISTAN TZARA

Les myriapodes philosophiques ont cassé des jambes de bois ou de métal, et même des ailes, entre les stations Vérité-Réalité. Il y avait toujours quelque chose d'insaisissable : LA VIE.

Chercher de remplacer la vie par un plaisir privé : aventure parfois amusante. (Les aventures sans remords qui s'introduisent en art par ses moyens, pour le détruire lentement, réveillent la cendre dans le noyau, intérêts réciproques, insinuations et obstacles systèmemouvement DADA).

Mais donner à une blague la caractère d'éternité et lui préparer l'exclusivité de la faim, est ridicule, bonjour naïf d'onaniste, musique salutiste, prétention mélangée, succursale du bourgeois chatouille l'art.

L'anémie ne se propage pas sur le continent, mais tu connais la force, les microbes, les fleurs, l'alcool, le sang, les inventions, qui répandent leur pluie — sans but — ou se cassent écho au roc matinal et solide.

Je pense au même besoin d'imposer, — apprenez-moi le ton sérieux qui ne sonne faux! — et ce sont toujours les autres qui ont raison.

Le besoin de chercher des explications à ce qui n'a pas d'autre raison que d'être fait, simplement, sans discussions, avec le minimum de critère ou de critique, ressemble à la self-cleptomanie : changer à perpétuité de poches, à ses propres objets et dans son propre habit. On s'arrange d'habitude aussi une collection d'une spécialité morale quelconque, pour la commodité des jugements. Les hommes sont pauvres parce qu'ils se volent eux-mêmes. Ce n'est pas la difficulté de comprendre la vie moderne, qui en est cause, mais ils volent des éléments à leur propre personnalité.

PICABIA. La parole fertilise le métal : bolide ou roue urubu ouragan ourlé et ouvert — il laisse dormir ses sentiments dans un garage. Je place un hibou dans un hexagone — chante en hexamètres — use les angles — crie (à bas) et obuse. La géométrie est sèche, vieille. J'ai vu jaillir une ligne autrement. Une ligne jaillie tue les théories, et il n'y a d'autres besoins que l'aventure dans la vie des lignes. Œuvre personnelle celle qui fait l'absolu. Et vit. S'évade. De la sève muette. Mécanisme de l'aorte fait

plus de bruit que l'ascenseur, l'engrenage de ses roues est feu, réveil : typographie des premières sensations, trop simple pour être déchiffrée si vite par les capitaines de la science. Mon cher Picabia, « Vivre » sans prétention. Danser sur les dents de fer télégraphiquement. Ou se taire sur la ligne équinoxiale, pour savoir à chaque instant — perpetua mobilia — que c'est aujourd'hui.

« Charme » et « jolie » s'appliquent au claire de lune, aux sentiments, aux tableaux qui chanttent et aux chansons qui voient, se collent aux traditions, s'infusent parmi les pompiers et parmi les peintres.

Les peintres cubistes et futuristes, qui devraient laisser vibrer leur joie de la libération d'un extérieur encombrant et futile de l'apparence, deviennent scientifiques et proposent l'académie. Propagation théorique de charognes, pompe pour sang. Il y a des paroles qui sont aussi des croix d'honneur. A la classe des gros mots qui assurent le bonheur de l'humanité, du prestige prestidigitateurs de prédilections prodigieuses pour le plaisir de ceux qui payent. Chapitre respect de la soupe.

Les idées empoisonnent la peinture; si le poison parle un nom sonore de gros ventre philologique, l'art devient contagion, et si l'on se réjouit de cette intestine musicalité, le mélange devient danger pour les hommes propres et sobres.

Il n'y a que l'action négative qui soit nécessaire. Picabia a réduit la peinture à une formation sans problèmes; chacun y trouvera les lignes de sa vie

qui vont avec le temps en chemin de fer et par téléphone sans fil

s'il la regarde sans se demander pourquoiune tasse ressemble à un sentiment.

TRISTAN TZARA.
***

PREFACE PAR PASCAL

Qu'il est difficile de proposer une chose au jugement d'un autre, sans corrompre son jugement par la manière de la lui proposer! Si on dit : « Je le trouve beau, je le trouve obscur, ou autre chose semblable, on entraîne l'imagination à ce jugement, ou on l'irrite au contraire. Il vaut mieux ne rien dire; et alors il juge selon ce qu'il est, c'est-à-dire selon ce qu'il est alors, et selon que les autres circonstances dont on n'est pas auteur y auront mis. Mais au moins on n'y aura rien mis; si ce n'est que ce silence n'y fasse aussi son effet, selon le tour et l'interprétation qu'il sera en humeur de lui donner, ou selon qu'il le conjecturera des mouvements et air du visage, ou du ton de la voix, selon qu'il sera physionomiste : tant il est difficile de ne point démonter un jugement de son assiette naturelle, ou plutôt, tant il en a peu de ferme et stable!

PASCAL.

Ce qui est inhumain dans la vie moderne, c'est l'officialisme. L'autorité est aussi destructive pour ceux qui l'exercent que pour ceux sur qui elle est exercée.

OSCAR WILDE.

L'homme rend précieuse une action : mais comment une action rendrait-elle précieux un homme?

FREDERIC NIETZSCHE.

Toute conviction est une maladie.

FRANCIS PICABIA.






UNIQUE EUNUQUE

Essayons l'heure actuelle

Dans l'alphabet chasse gardée

De l'ombre lentement

Véritablement livres sterling

Sous virginal louis cou cou

Qui fait domicile conjugal sous la pluie

Mais riant plus fort le café

Est à sept kilomètres capitale

Le petit chacal des sornettes

Ivres d'alcool gentilhomme

Au milieu des femmes camarades

Avec leurs tendres bouches porte-plumes

Photographie l'œil de l'amour

Antique garniture illuminée noir

Bicyclette l'horizon vers

Etiquette sein le dans

Corbeau grand d'un enceinte est

La Société des Nations

Chameau d'un ou

Aux épices cauchemardesque d'Annunzio

Je considère le genre américain

Cuivre d'armoire une

Utile énormément

? ? ? ? ? ? ? ? ? Quoi mais

Ecoute la Terre côte à côte

La prière avec la bibliothèque en peau de lion

Soutachée de missions

Volupté d'aiguiller le refrain total

Voix monotone de ministre

Pipe revolver fesses nues continuez

Vous allez comprendre piteux cavaliers

Je préfère un coiffeur accroché au mur

Dansant comme une plume

Sur mes joues

Rient des jambes légères

Paralysie mosquito

Dit manucure prend la banque

Quarante et trente du

Etroit, très nez

Allongé visage

Blanc teint

Néant barbe

Particulier signe

Souple et mince

Subsiste qu'il savez-vous

Lama sombré

Dynastie de la lune

Permettez-lui entre nous

D'évoluer comme une statue

Avec l'arc en ciel de Cluny

Caumartin Astra niche la à pareil tout

Abat-jour du monde l'homme de

Grand Duc

Renifle jaune pâle

De cuir roux bonheur

Rouen rose dentelles des cou le sur

Doublées de haussements d'épaules

Deux rois dans les mains

Dessous en mais

D'or chevilles reine

Palpite

Le dessert voilà

Un peu ivre

Encrier un dans craie de

Grue romantique

Vêtu de berlingots entrechats

Miracle de désinvolture guignol

Martèle le palais inexprimable

Des étoiles surexcitées

Le complet désintéressement

A paroles bélier petit

Hébète le tison rouge du monde mort

Store laissez-lui le cristal

D'un truc romantique

A l'école des bouquets couplet aveugle

D'une intelligence supérieure périmée

Pense furet

Rondes jolies bien de

Loués talons ses dans jusque

Simplicité bonté

Verra on

Cette extraordinaire idée

Dans les poches de sa vie

Son cœur herbes fines

Es-tu converti heures supplémentaires

Iodure de potassium catholique

La caserne derrière

Histoire des vérités maladroites

Je ne sais si vous comprenez

Les femmes vis-à-vis

Amertume des idées

Qui marquent la fin unique de l'homme

Laisse-moi songer lecteur à ton sort

Bonheur ton assurent qui cage ta de barreaux les

Dans une mine de houille

Prétendent aux possessions de champs de blé

Déboires empêcheriez-vous un rêve serein

De vivre dans un infatigable sourire

Invoqué aux heures bambins

Pourquoi les flutes bousculades

Sont-elles des carnets de poche

Additionnés sans cesse

Pour une religion consolatrice

Comme le morale du Christ

Royaume égoïste

Au musée du Louvre

Rues quand je serai vieux

Fatigantes comme un chien

Mon livre quotidien bonhomme

Sur les grands boulevards

Loin de Paris

Sera le monde erreur succès

Charles Floquet les yeux obstinément fermés

Mouche le parapluie enfant

Et nos propres pensées

Sont les bavardages quotidien misères

Qui sourient à des maniaques

Que nous aimons bonheur culot

Du mal d'estomac

Le vol des avions éphémères

Dirige le rêve de la patience W. C.

J'aime les croyants du tabernacle

Qui plongent dans une vague

Monde au

Radieuses larmes de écrin

Sommes-nous complètement mordus

Toujours pas assez

La fortune ennemie pompeusement

Nécessaire

Aime la solitude

Loin plus

Influence de couleurs souvenirs

Visage ton

Pauvre étrange colifichet

Des idées

Mais jour un passer pas

J'ai le monde derrière moi deux fois par jour

Passions et élégances extérieures

Méchanceté évidente 'l

Tombera de leur mains

Comme une cravate

Avec les grandes manœuvres barbaries

Machines dangereuses

Les yeux s'ouvriront avec stupeur

Epris de paix déesse

Seront assurés sans contrôle

D'apprendre aux héros

Le bonheur serein

Aux visages crispés de rancune

Faubourg noir

Les compagnies humaines

Sous l'uniforme se déshonnorent

Tarantula avec femme

Personne à personne

L'illusion est belle

L'éternité

Est un regard éclair

L'espace sans cesse pressé de loin

Ne possède rien

Amphitryon dans le métro

Regardant les payés

La minute suivante

Se défend contre ta joie

Et ne cesse de te tromper

Au mépris de ton intérêt

Improvise une nouvelle intelligence

Pour les jours suivants

Et puis rappelle-toi

Que l'univers a une mesure unique

Pour les autres

Il faut que tu deviennes un obus monstrueux

Le cubisme capte les salamandres

N'ayez crainte

Elles ont le ventre orangé

Pour admirer un tableau

Dont la philosophie beauté

Source pure

Soutient l'âme sensible

Des accessoires

Il faut autour de soi

Le système de l'évocation hardie

Une voie élective

Ecole du génie

Les actes de ta vie

S'inclinent comme un pauvre

Et ramassent les miettes

Grandeur des belles inventions

Tu refuses la manne authentique

Pour la sottise perdue

L'avenir Bergson

Est insupportable

J'aime mieux cette ordonnance de docteur

Le rêve fait surgir les images en reflet

La silhouette (c'est ce qui passe, l'indéterminé)

Le reflet (la silhouette en double)

Le relief (la stratification des images)

On incarne des gens qu'on ne connaît pas

On s'imagine qu'on les restreint

Personnalité qui revient d'un autre monde

Pour voir dans ce monde ce qu'il y a à réaliser

On communique de Paradis à Paradis

Plus vous riez plus votre œil est mort

Bains de soleil

Plonger dans la mer

L'œil s'éteint pour se revoir en dedans

Lis lis

Les pensées heureuses de ce docteur

Sont simples et vagues

Semblables au mépris des hommes riches

Stérilement salutaires

Comme le rire de la mémoire

A travers les actes de la vie

Les générateurs sont des gens

Qui recoivent de la suie sur leur tablier

Ajoute le docteur

Mangouste

Semblable au mépris

Sur le chemin radieux de l'avenir

Trouve plus de charme

Au palmier à cheveux blancs

Aujourd'hui il regarde la vitrine intérieure

De ceux qui l'entourent

Elève chaque jour son âme

Malgré tout

C'est à travers les Rolls Royce

Que la curiosité maladive

Ensemble le bonheur Trésor

Nid répugnant

Laisse-moi te contempler

Avec regret

Parents infirmes

Votre besogne n'est qu'un recette additionnée

Animaux engourdis

Que faites-vous en ce monde insensible

Des ébauches de lois

Trônes des cabinets

J'ai fait caca dans un Tabernacle

Avec rythme

Le violon calorifère nie et cherche

Les croupiers de la roulette embryonnaire

Le malheur des joueurs

N'est pas à dédaigner

Substance gris à pile ou face

Zéro

Finit la série favorable

Baccarat d'une existence humaine

Rouge

Noir

Demi chance carrée

Huit et neuf

Baccarat pilule

Debussy n'a jamais été vivant

Sur la boule

Petite boule

Fille d'un sinistre personnage

Flux et reflux des intériorisations cosmiques

L'horologe est insuffisante

Pour marquer les heures qui se cachent

On a l'impression peu à peu

Que l'intelligence est un procès verbal

Victor Hugo

Appartient directement

A l'écho rétroactif du cœur

Dans un lointain élan sans horizon

Foch fidèle à la parole donnée

D'être glorieux dans son histoire

N'a rien à perdre

Caruso pot de miel

Est un couvercle

Le lion chouette

Mécanisme idéal

Son argent est ovale

Dans plusieurs sens superposés

Blanches mamelles

Hors de leurs coquilles

J'ai inventé un système

Qui petit à petit

Sous la menace d'un revolver

Serre la main du vestibule

A une heure du matin

Il existe une histoire

Aussi illimitée que l'univers

Illusions optiques que nous connaissons

Nous ne savons rien

Ancien destin monde ce de

Tous les tableaux sont morts et continuent de vivre

Avec leurs maladies contagieuses

Des précisions mathématiques

Pour loger à mon grand regret

Un compas dans l'obscurité profonde

Ouistiti me ravit

Gravement vannerie de professeur

A voix très lente

Au-dessus des humains

Il mange l'érudition invisible

Picaflor de plus en plus Chopin

Amis des porte la sous travaille

Au lycée des pensées infinies.

Du monde le plus beau

Architectures hyménoptères

J'écrirais des livres d'une tendresse folle

Si tu étais encore

Dans ce roman composé

En haut des marches

Illusions besoin d'amours nocturnes

Je suis couché le long des fortifications infinies

Et j'écris ces lignes

Pélicans du boulevard Lannes succès

Vers l'humanité contraire dans un motif à pattes

Le ciel de nos têtes

Le mouvement de nos pensées

Bon voyage femmes honnêtes ou non

Maladroites ou splendides

Votre métier est idéal dans les bordels

Chaque maison de passe

A des oscillations chastes

Quand je réfléchis à la syphilis

Qui se répand

Comme des étoiles filantes

Que c'est bon

Nous nous entendons

Les boisons alcooliques

Sont des paroxysmes embrouillés en amitiés stupides

Il faut aller au cirque

Pour faire lire ses poèmes par des clowns

L'avenir n'existe pas quoique j'aille mieux

Souvent les sceptiques dans la souffrance

Triomphent complètement des superstitions

Grandes actions

Les gens de bon sens

Méprisent les consciences illuminées

Sous une tempête de neige en auto

Le Traité de Paix que je veux dire

Siège dans le monde de théâtre

Par-dessus la table

La grève générale rend idiot l'amour

Dans un cerveau Beaux-Arts

Comme un employé de bureau philosophe

Habitué sur la place publique

A voir une bouche rose tendre ses lèvres

Jusqu'à

Je m'associe aux putains du catéchisme

Pour protester dans l'éternelle inquiétude

De mon père

Fiche le camp est mon soutien

Et les sucreries ne sont plus rien dans mon estomac

C'est profond et mélancolique

De telles choses réveillent la force de la pensée

Et cet endroit moins banal

Que la campagne suisse

Avec un monsieur terrifié par ce poème

Du boniment

Ma sœur va se mettre à l'air

Jusqu'au suprême lapin du jour

Vous n'êtes pas heureuses

Malgré la splendeur de vos yeux

Naturellement vous cherchez le soleil carton

Un homme éclairé par une lanterne

Les baisers ne se donnent pas avec les lèvres

Les cheveux calicots café concert

Ne devraient jamais monter votre escalier

Escalier des énormes visages déménageurs

Horribles avant et après déjeuner

Sauf pour les croque-morts

Louise Andrée Marcelle Germaine Madeleine Marie

Les grandes fleurs de l'Afrique

Ressemblent aux parquets des Musées de la morale

L'herbe pousse toute mignonne

Dans la mélancolie

C'est profond depuis si longtemps

Que les premiers balbutiements chassent les heures de sommeil

Merveilleux concours

De phrases froides pour s'embrasser

Chaque tour de roue sous ma fenêtre

Me donne le désir de ne plus sortir

Je suis nerveux

La bonne balaie

Elle ressemble à une bête pourrie

La vie est adorable

Je n'aime pas les inaugurations

Le ciel est sous mes pieds

Avec ses richesses Nabuchodonosor

Tout et rien c'est la même chose

L'eau de Lourdes peut dépanner une auto

Demi femme demi chien demi bière

Pine mate

Et Vagin brillant

Les aumônes bariolées

Ont un éperon de bronze

Tout cela c'est une impression

Mais c'est quelque chose

Oui soleil lune et toutes les étoiles

Qui avez l'air de me sourire

Votre beauté est une chose inconnu pour moi

J'aime la guerre les épidémies les accidents

Qui grimpent après les larmes joyeuses des passions

Allemands les déteste je

Guerre la pendant que cela pour est'c

Possible loin plus le reste suis je

Maintenant je vais tâcher de les voir de plus près

Avant comme

avant le labyrinthe du thon salé

Dites-moi si c'est vrai

Que les officiers de marine s'accouplent

Avec les crocodiles qui somnolent sur les plages

Dites-moi qu'il y a encore des dragons aux écailles de brouillard

Dites-moi merde si vous voulez

Goutte à goutte sur ma couche les merveilles du monde

En nœuds roses

Viennent entendre ma voix

Il faut se rouler sur les cimetières

Notre rédemption est un chemin

Ainsi homme vigoureux regarde

Mais regarde donc tes formes antiques

Tu chantes la liberté

La main dans la main

Avec les rossignol à plumes bleues

Hélas rien n'existe que dans tes suggestions

Demi voilées par l'humidité qui te contorsionne

Les fleurs printanières sont des vêtements pauvres

A côté d'un miracle divin

La mort de jade

Dans une tasse d'or

Les globes électriques sont hystériques

Comme des prisonniers heureux de devenir fous

Il n'y a pas de simulateurs astringents

La plupart ont faim

Faim d'argent

Faim de viande

Faim de n'importe quoi

Faim de violettes si vous voulez

Les journaux ont l'orgueil stérile

Journal du Peuple comme le lynx

Tu as de grasses pattes de velours

Action Francaise

Bordée de flanelle rouge pipi

J'aime mieux les bords du Nil

Le bruit des plantes qui poussent

Avec leurs tuteurs

Les bureaux de placement interdits

Le gardien de la veine

La musique quelle beauté de vapeurs besoins

Ses vibrations empanachées illuminent la route de l'esprit

Bouillie pour les chats

Le luth évoque quelque lac gris

Bouc asperges presqu'île Bosphore

Lapin albinos dirige ses yeux monolithes

Au milieu des plumes Bouc

Les Rag-Times luisent comme les odeurs du désaccord

Mélodie d'une rame sur l'eau

Les Tambours bandent

Les voilons sont des coquillages en bois pofi

Les remord se chamaille sous l'ombre des morts

Avec du fer blanc

Les enfants sont les gardiens de la vieillesse

Je connais un petit garcon symbolique

Dont l'enchantement est de s'agenouiller devant le Diable

Pour demander un mouchoir linotte

Comme celui de Juliette Roméo

Paris New-York

Vous êtes des villes ballons

Qui flottent et tombent en miniatures sur des cartes

Parfois dans un volume au milieu de l'œil

Epanouis de désire dotés

Les villages sont les échos minuscules

Des baisers des grandes villes

Baisers donnés pour évoquer les souvenirs

Du silence

Comme l'honneur

L'honneur est une lâcheté

Vos cervelles gesticulent

Idiotes et flétries

Jacques Henri Georges Paul Maurice Jean

Vous parlez tous hébreux de l'Institut

Sous les rubans rouges et violets

De l'huile de foie de morue

Rive gauche

Rive droite

Je vous demande la permission

De rester vagabond

Mon ami le docteur cubain

Me dit qu'une voyante prédit

Le plus bel avenir

En lisant sur le dos de la main

Mais en cet endroit

Les chansons folies

Sont d'épouvantables hasards

Qui vous mordent les doigts

Avec précaution

Nouveau de suivait cabriolet le

D'inquiétude sorte une

Demoiselle une même

Pianos les sur

Tombée chez païen

Entr'ouvre un canapé.





Paris, 6 janvier 1920



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http://transposition-revue.org/les-numeros/polyphonie-et-societe/article/l-envers-melodiste-d-unique-39

PAUL DERMÉE. « Qu'est-ce que Dada ! »



Qu'est-ce que Dada !

Tout est dada.

Chaqun a ses dadas.

Vous vénérez vos dadas dont vous avez fait des dieux.

Les dadaïstes connaissent leurs dadas et s'en moquent. C'est grande supériorité qu'ils ont sur vous.

Dada n'est pas une école littéraire ni une doctrine esthétique.


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Dada est une attitude foncièrement areligieuse, analogue à celle du savant l'œil collé au microscope.

Dada est irrité de ceux qui écrivent ”l'Art” ”la Beauté”, ”la Vérité” avec des majuscules et qui en font des entités supérieures à l'homme. Dada bafoue atrocement les majusculaires.

Dada ruinant l'autorité des contraintes tend à libérer le jeu naturel de nos activités. Dada mène donc à l'amoralisme et au lyrisme le plus spontané, par conséquent le moins logique. Ce lyrisme s'exprime de mille façons dans la vie.

Dada nous décape de l'épaisse couche de crasse qui s'est déposée sur nous depuis quelques siècles.

Dada détruit et se borne à cela.

Que Dada nous aide à faire la table rase, puis chacun de nous reconstruire une maison moderne avec chauffage centrale en tout à l'égout, dadas de 1920.

PAUL DERMÉE, DADAISTE CARTÉSIEN
Déclaration faite au Salon des Independants, Grand-Palais des Champs Elysées, le 5 février 1920

jeudi 28 juillet 2011

PIERRE-ALBERT BIROT. Notes sur l'Anthologie DADA 4-5


 Pierre-Albert BIROT. Autoportrait, 1916


Notes sur
l'Anthologie Dada n°4-5
par Pierre Albert-Birot

Il est presque bleu blanc rouge comme le drapeau français, c'est la fête ou bien la guerre, des pétards ou des bombes mais d'abord un réveil-matin et puis la chronique cubisme concentré boîtes d'allumettes qui prennent feu dans la poche et l'annonce ouvrage sur Jésus en villégiature à l'autre page la pile électrique avec sonnerie pour éclairage public ou privé 3 pièces pour mains faciles d'or dormir merci cinéma polka caramel névralgies girafe par Cocteau coq tôt ou tard et sur fond blanc note 14 sur la poésie au bas de la page Sous l'écorce des arbres abattus je cherche la peinture des choses à venir de la vigueur et dans les canaux la vie gonfle peut-être déjà l'obscurité du fer et du charbon Tristan Tzara au verso soleil sage-femme Picabia faiseuse d'anges tournez le Globe Pierre Reverdy tourne tout seul mais plus loin tout seul au milieu et rougissant un petit manifestant des émotions génitales et use les meubles c'est pourquoi un autre se promène tout nu devant la statue de cire du coiffeur qui lui sourit heureusement que les médecins sont à côté mais la Catastrophe était inévitable Pierre Albert-Birot n'a rien cassé dans tout ce Tohu-bohu et c'est alors que Dada proclame sans prétention que l'art a besoin d'une opération aussi Pierre Reverdy pense en grands caractères à celui qui vient de faire une tache à sa cravate ce qui n'empêche pas le poète suivant de s'arrêter en voyant Dieu à motocyclette + Gambit de la Reine + Trombone à coulisse heureusement qu'aussitôt Perez-Jorba nous dit mais il lui semblait que la lumière voulait lui parler Aa 24 IX sur fond bleu = fable T.T. ici divertissement bal champêtre buvette tzara en bas de casse TZARA en capitales Pierre ALBERT-BIROT en triangle le centre est la périphérie Bilan dessins dessins dessins fleurs séchées qui sont restées entre les pages

juin 1919